Santé · Force

La force musculaire, assurance santé oubliée

Quand on parle de santé et de sport, on parle de cardio, de pas par jour, de VO2max. La force passe pour une affaire d'apparence ou de performance. Pourtant, des études qui ont suivi des centaines de milliers de personnes la relient à la durée de vie. Cet article regarde si ce lien tient quand on le sépare de l'endurance, jusqu'où on peut le croire, et ce que tu peux en faire dès cette semaine.

La problématique

Les conseils de santé que tu entends le plus souvent sont aérobies : marcher, courir, pédaler, bouger au moins 150 minutes par semaine. Ils reposent sur de bonnes raisons, et l'article « Cardio et longévité » explique ce que dit l'endurance de ta durée de vie. La force, elle, apparaît rarement dans un bilan de santé. On la mesure chez les athlètes, pas chez les gens ordinaires.

Or des équipes ont comparé des personnes qui font du renforcement musculaire à d'autres qui n'en font pas, puis ont compté les décès sur plusieurs années. D'autres ont mesuré la force elle-même, au développé couché, à la presse à jambes ou avec un dynamomètre de poigne, et ont fait le même décompte. Les résultats vont dans le même sens, et c'est précisément ce qui rend prudent. Les gens qui sont forts sont peut-être aussi ceux qui bougent plus, mangent mieux, fument moins, ou qui n'ont pas de maladie qui les affaiblit.

Il y a surtout une objection plus précise, propre à cet article : tu fais peut-être déjà du cardio. Si la force ne faisait que refléter l'endurance, elle n'apporterait rien de plus. La question n'est donc pas « le sport est-il bon pour toi ? », dont la réponse est connue, mais ce que la force ajoute, à endurance égale.

La question

À endurance égale, une force musculaire plus haute, ou une pratique régulière de renforcement, va-t-elle avec un risque de décès plus bas ? Et que peut-on affirmer de plus que cette simple association ?

On procède en six étapes, du général au précis : la population entière, la dose nécessaire, l'indépendance vis-à-vis de l'endurance, la force mesurée elle-même, ce que montrent les essais randomisés, puis les objections. La réponse vient ensuite, suivie de ce que tu peux mettre en place.

Les enjeux

Ce qui est en jeu dépasse la salle de sport. Il y a d'abord les maladies que les études comptent : le décès toutes causes, mais aussi le cancer, les maladies du cœur, le diabète. Il y a ensuite le mental et les os, que des essais randomisés ont étudiés (étape 5). Il y a enfin l'autonomie, dont l'article « Force de poigne » sur la force de poigne explique le lien avec la marche, le fait de se lever d'une chaise et les gestes du quotidien : on ne le répète pas ici.

Il y a un enjeu de décision. Les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé demandent du renforcement musculaire au moins deux jours par semaine pour les adultes.11,12 Mais la part de la population qui l'atteint est faible : à titre d'exemple, moins de 19 % des adultes australiens selon l'université de Sydney, qui cite ce chiffre en présentant l'étude de Stamatakis.3 Si la force compte autant qu'on le dit, ne pas en faire est une occasion perdue, et pas pour les athlètes seulement. Si elle ne compte pas indépendamment de l'endurance, tu peux te contenter du cardio et gagner du temps.