Ton médecin mesure ta tension, ton poids, parfois ton cholestérol. Presque jamais ton endurance. Pourtant, sur des centaines de milliers de personnes, c'est l'une des mesures qui en dit le plus sur la suite. Cet article suit une seule question, du plus large au plus précis, jusqu'à ses limites : ton endurance dit-elle quelque chose de ta durée de vie, et la travailler change-t-il quoi que ce soit ?
« Le cardio, c'est bon pour la santé » : la phrase est répétée si souvent qu'elle ne dit plus rien. Bon de combien, pour qui, et comment le sait-on ? Dans un bilan, on te pèse, on prend ta tension, on regarde ton sang. On ne mesure presque jamais ce que ton cœur, tes poumons et tes muscles produisent quand tu forces. Cette capacité s'appelle la condition cardio-respiratoire. Sa mesure de référence est le VO2max : la quantité maximale d'oxygène que ton corps peut consommer en une minute, ramenée à ton poids.11
En 2016, l'American Heart Association a demandé que cette condition soit mesurée en routine, comme la tension, et a relevé qu'elle ne figure pas dans les calculateurs de risque courants.12,13 Cela ne répond pas encore à ta question, qui est double.
La première partie est un constat. Le niveau d'endurance d'une personne renseigne-t-il sur sa durée de vie, au-delà de ce que disent déjà l'âge, le poids, le tabac, la tension ? La seconde est plus exigeante. Si oui, est-ce parce que l'endurance protège, ou parce qu'elle reflète autre chose : une bonne santé de départ, des gènes favorables, un mode de vie plus sain ? Dans le premier cas, mesurer ton endurance sert à savoir où tu en es. Dans le second, la travailler est un levier sur ta trajectoire. Ce ne sont pas les mêmes conclusions, et on ne peut pas passer de l'une à l'autre sans preuve.
Ton niveau d'endurance prédit-il combien de temps tu vivras, et améliorer ton endurance change-t-il cette durée, ou bien l'endurance n'est-elle que le reflet d'autre chose ?
On procède en six étapes, du général au précis : la population entière, les études qui se recoupent, la forme de la relation, ce que mesure le VO2max, la comparaison avec les autres facteurs, puis les objections les plus sérieuses. La réponse vient ensuite.
Ce qui est en jeu n'est pas abstrait. Il y a d'abord la santé au sens des maladies : les travaux que l'on va lire relient la condition cardio-respiratoire à la mortalité, aux événements cardiovasculaires et à l'insuffisance cardiaque. Les auteurs d'une grande synthèse récente la relient aussi à un risque plus bas de dépression et de démence, ce qu'ils présentent eux-mêmes comme une association.7
Il y a ensuite l'autonomie. Sans entraînement, le VO2max baisse d'environ 1 % par an (0,4 à 0,5 mL/kg/min), plus vite après 70 ans.11 Plus ton point de départ est bas à 40 ans, moins tu as de marge à 70 : c'est un raisonnement, pas un résultat d'étude.
Il y a la durée de vie elle-même, que les études mesurent le plus solidement, parce qu'un décès ne se discute pas. Il y a la performance : le VO2max détermine l'intensité d'effort que tu peux soutenir longtemps. Il y a enfin un enjeu de décision. Si l'endurance est seulement un marqueur, un mauvais score n'est qu'un signal. Si c'est un levier, l'ignorer est une occasion perdue, surtout pour ceux qui partent de bas. Se tromper dans un sens ou dans l'autre coûte du temps, de l'énergie ou des années : la question ne peut pas rester sans réponse.