Serrer un boîtier pendant quelques secondes paraît dérisoire. Pourtant, des études l'ont fait passer à des centaines de milliers de personnes, puis ont compté qui était encore en vie, qui marchait encore sans aide, qui était tombé malade. Cet article ne suppose pas que le test est utile : il le met à l'épreuve, du plus général au plus précis, puis te dit ce que tu peux en faire.
Tu serres un dynamomètre, un boîtier à poignée muni d'une jauge, et tu lis un nombre en kilogrammes. Ce nombre est utilisé dans des recherches qui ont suivi de très grands groupes de personnes pendant des années. Des équipes l'ont mis en relation avec la durée de vie, les maladies du cœur, l'autonomie des personnes âgées. L'idée se résume vite en slogan : « ta poigne prédit ta durée de vie ».
Cette idée plaît parce qu'elle est simple, mais elle demande deux précautions. Une mesure qui accompagne un risque n'est pas ce qui le provoque : un thermomètre qui monte ne cause pas la fièvre. Et la plupart de ces études portent sur des adultes d'âge moyen ou avancé, alors que toi, tu as peut-être 25 ou 35 ans.
Ta force de poigne, mesurée une fois en quelques secondes, dit-elle quelque chose de fiable sur ta santé à venir ? Et si oui, que peux-tu en faire, à ton âge, pour que ce chiffre serve à autre chose qu'à t'inquiéter ?
On se la pose parce que les deux mauvaises réponses coûtent. Ignorer le test, c'est passer à côté d'un repère qui coûte quelques secondes. Le sur-interpréter, c'est s'inquiéter d'un chiffre qui ne dit pas ce qu'on lui fait dire, ou muscler son avant-bras en croyant allonger sa vie.
Ce qui est en jeu n'est pas la performance de salle de sport. Quatre choses dépendent de ta force musculaire, et donc de ce que ce test est censé refléter.
Ton autonomie. Te lever d'une chaise, marcher d'un bon pas, t'habiller seul : ces gestes demandent de la force, et on ne s'en aperçoit que lorsqu'elle manque.
Ta santé et ta durée de vie. De grandes cohortes relient la poigne aux décès par maladie cardiovasculaire, respiratoire et par cancer. Si ce lien tient, un test de quelques secondes est un outil de repérage presque gratuit. S'il ne tient pas, il ne doit servir ni à rassurer ni à alarmer.
Ton capital de départ. La force se construit jusqu'à la trentaine, tient quelques années, puis s'érode. Ce que tu bâtis maintenant détermine d'où tu pars pour la descente.
Ton entraînement. Si tu t'entraînes, tu veux savoir si ce chiffre mesure quelque chose d'utile ou un détail de la main, car la réponse change ce que tu travailles.
Ces enjeux ne peuvent pas rester sans réponse : le test existe déjà et chacun l'interprétera de toute façon. Mieux vaut le faire avec les preuves en main. Voici le chemin.