Santé · Société

Le prix de la sédentarité : santé et économie

On présente souvent la sédentarité comme une affaire personnelle. C'est aussi une cause de maladies que les chercheurs essaient de chiffrer, et un poste de dépenses pour les systèmes de santé. Ces chiffres circulent beaucoup, rarement avec leur méthode. Cet article les reconstruit un par un, de la population entière jusqu'aux limites des modèles, pour répondre à une question : combien ça coûte vraiment, et qu'est-ce qui est évitable ?

La problématique

« La sédentarité coûte des milliards. » Tu as sans doute déjà lu une phrase de ce genre, avec un chiffre. Elle arrive presque toujours sans les trois informations qui permettent de l'évaluer : ce qui est compté, comment le calcul a été fait et ce qu'il suppose.

Il faut d'abord distinguer deux mots. L'inactivité physique désigne le fait de ne pas atteindre les recommandations d'activité : 150 à 300 minutes par semaine d'intensité modérée, ou 75 à 150 minutes d'intensité soutenue, ou une combinaison équivalente. La sédentarité désigne le temps passé éveillé en position assise ou allongée, avec une dépense d'énergie très faible, mesuré en heures par jour.12 On peut s'entraîner une heure puis rester huit heures assis : on est alors actif et sédentaire à la fois. La plupart des études de coûts portent sur l'inactivité, et chaque étape précise de quoi elle parle.

Ensuite, un chiffre de coût peut compter les soins seuls, y ajouter le travail perdu, ou donner une valeur en euros aux années de vie perdues. Un chiffre de décès « attribuables » est le résultat d'un calcul qui repose sur des hypothèses, pas un comptage. Deux chiffres reviennent sans cesse depuis un rapport de l'OMS de 2022 : près de 500 millions de nouveaux cas de maladies d'ici 2030, et 27 milliards de dollars par an.1 On va retrouver leur source, ce qu'ils comptent et ce qu'ils ne comptent pas.

La question

Quel est le prix de la sédentarité en santé et en argent, quelle part de ce prix est évitable, et que peux-tu faire à ton échelle ?

On avance en six étapes, du plus large au plus fin : les personnes concernées, les décès attribués, le risque d'une personne, les coûts, les projections, puis ce qui reste fragile dans ces calculs.

Les enjeux

Ce qui est en jeu pour toi tient en cinq choses.

La santé d'abord : les modèles qu'on va lire relient l'inactivité à la maladie coronarienne, au diabète de type 2, à l'hypertension, à plusieurs cancers, à la démence et à la dépression.2

La durée de vie ensuite. Les estimations se comptent en années gagnées à l'échelle d'une personne et en centaines de milliers de décès à l'échelle du monde.

L'argent, qui te concerne même si tu restes en bonne santé. Dans la première estimation mondiale qui sépare les payeurs, le secteur public finance 31,2 des 53,8 milliards de dollars internationaux de soins attribués à l'inactivité.7 Ces soins sont en grande partie mutualisés.

La direction du mouvement, enfin. En 2022, 31 % des adultes du monde n'atteignaient pas les recommandations, soit environ 5 points de plus qu'en 2010, et la tendance mène à 35 % en 2030 si rien ne change.5 Une pente qui se dégrade ne se corrige pas par une seule bonne année.

Reste un enjeu de jugement. Un chiffre surévalué promet des économies qui ne viendront pas, un chiffre sous-évalué laisse croire qu'il n'y a pas d'urgence. Savoir ce que chaque chiffre mesure te permet de décider sans te tromper dans un sens ou dans l'autre.