Les jeunes courent moins bien qu'au début des années 1980, et chacun a son explication. Les écrans arrivent en tête, alors que c'est la cause aux chiffres les plus minces. Cet article prend les causes avancées une par une et leur applique les mêmes tests. Il dit ce qui est solide, ce qui est faible et ce qu'aucune étude lue ne permet de savoir.
Quand on parle de jeunes qui bougent moins, chacun a son explication : les écrans, le sommeil qui raccourcit, le sport scolaire qui ne serait plus ce qu'il était, la voiture parce que la rue n'est pas sûre, les villes bâties pour les automobiles. Chaque phrase sonne juste, et c'est le problème : une explication qui sonne juste peut être fausse, ou vraie mais minuscule.
Les causes se mélangent aussi. Un enfant qui dort peu regarde peut-être plus d'écrans et bouge moins parce qu'il est fatigué. Quand deux choses vont ensemble, on ne sait pas laquelle entraîne l'autre, ni si une troisième tire les deux : c'est la différence entre association et cause, le fil de cet article.
On peut pourtant mettre chaque cause devant quatre questions. Le lien avec le mouvement existe-t-il chez les jeunes, et de quelle taille ? A-t-on autre chose qu'une photographie d'un instant (un suivi dans le temps, un essai) pour dire que la cause précède l'effet ? Le moment et l'ampleur de la cause collent-ils à ceux du recul ? Et si on agit dessus, cela fait-il progresser ?
Parmi les causes avancées pour expliquer que les jeunes bougent et courent moins bien qu'avant (écrans, sommeil, sport scolaire, trajets, quartier, sécurité), lesquelles sont soutenues par des chiffres, avec quel niveau de preuve, et sur lesquelles peut-on agir sans attendre d'avoir tranché ?
Six étapes, du plus général au plus précis : le constat à expliquer, les écrans, le sommeil, le sport scolaire, les trajets et le quartier, puis les objections.
Il y a d'abord la santé à long terme. Une revue de 21 études, qui ont suivi 6 197 personnes pendant 20,8 ans en moyenne, trouve que l'endurance de l'enfance ou de l'adolescence se retrouve en partie à l'âge adulte : une corrélation de 0,38, jugée modérée, avec de fortes différences entre études.27 Cela ne dit pas que tout se joue avant 18 ans, mais qu'un niveau de départ bas est un handicap probable : les auteurs recommandent de construire la forme tôt, parce qu'une faible condition adulte est liée aux maladies chroniques et à la mortalité.27
Il y a ensuite le moment où ça se joue. En France, selon l'enquête Esteban, 70 % des garçons et 56 % des filles de 6 à 10 ans atteignent les 60 minutes d'activité par jour recommandées, puis 34 % et 20 % à 11-14 ans, 40 % et 16 % à 15-17 ans.7 Le mouvement s'effondre à l'entrée au collège, et les adolescentes sont les plus loin de la cible.
Il y a enfin un enjeu de décision. Limiter les écrans coûte du conflit à la maison, ajouter du sport coûte du budget, sécuriser les trajets coûte des travaux. Choisir sur de mauvaises raisons, c'est viser la cause la plus visible plutôt que la plus efficace, et faire porter aux familles une faute non démontrée. Attendre la preuve parfaite n'est pas une option non plus. La réponse doit venir des chiffres.