Adultes · Activité physique

La France face au monde : où nous situons-nous vraiment ?

On lit souvent des classements de pays : tel pays bouge peu, tel autre beaucoup, et la France se trouverait quelque part au milieu. Avant de te demander où tu te places, il faut savoir si ces classements tiennent. Cet article suit une seule question, du plus large au plus précis : que peut-on réellement comparer entre pays, et que dit-on de la France quand on s'en tient à ce qui est comparable ?

La problématique

Un classement par pays donne l'impression d'une mesure. Un tableau avec des pourcentages alignés, des rangs, un pays en haut, un pays en bas. On en retient une phrase : « la France fait mieux que l'Allemagne », ou « les Indiens sont plus sédentaires que les Américains ». Pourtant ces phrases reposent sur des choix que le tableau ne montre pas : quelle année, quelle étude, quelle définition d'« actif », et surtout comment on a su ce que les gens faisaient.

Les grandes études internationales sur le sujet ne mesurent pas ton corps. Elles posent des questions à des adultes sur ce qu'ils déclarent faire, puis les ramènent à une définition commune : moins de 150 minutes d'activité modérée par semaine, ou moins de 75 minutes d'activité soutenue, ou l'équivalent, c'est ce que l'OMS appelle une activité « insuffisante ».1,2 Cette définition est utile, mais elle est appliquée à des réponses, pas à des mesures.

Il y a donc deux niveaux à ne pas confondre. Le premier est un constat : dans quelle mesure les adultes français déclarent-ils bouger, par rapport à ceux d'autres pays ? Le second est une question de méthode : ces comparaisons sont-elles faites sur des bases communes, et lesquelles le sont ? Si elles ne le sont pas, un rang n'a pas de sens, et il vaut mieux le savoir avant de se rassurer ou de s'inquiéter.

La question

Où se situe la France par rapport aux autres pays pour l'activité physique de ses adultes, et que peut-on honnêtement comparer d'un pays à l'autre ?

On procède en six étapes : comment un pays obtient un chiffre, pourquoi un même pays peut en avoir deux, ce qui est comparable entre régions, ce qui change quand on pose une autre question, ce que valent les indicateurs de substitution et l'autodéclaration, puis ce que l'on peut dire de la France elle-même. La réponse vient ensuite.

Les enjeux

Le premier enjeu est de ne pas se tromper de diagnostic. Si tu crois que ton pays est « dans la moyenne » alors que ce classement mélange des années et des méthodes, tu peux relâcher un effort qui n'en est pas un, ou au contraire te culpabiliser pour un écart qui n'existe pas. Le second est un enjeu de décision publique : un gouvernement qui lit qu'il est « en retard » ou « en avance » ne choisira pas les mêmes actions, et la cible mondiale fixée à 15 % de baisse relative de l'inactivité d'ici 2030 se juge sur ces chiffres.1,2

Le troisième est personnel. L'activité insuffisante est un facteur de risque de maladies non transmissibles, et elle est associée à une moins bonne santé physique, cognitive et mentale, selon le résumé de la plus grande étude récente.1 Ce n'est pas un sujet de statistique abstraite : ce que tu fais d'une semaine ordinaire pèse sur ton niveau de forme, que tu peux, lui, mesurer.

Il y a enfin un enjeu de confiance dans les chiffres. Une page de site qui affiche des pourcentages par pays en les présentant comme comparables engage son auteur. Si l'un des chiffres vient d'une étude de 2016 et un autre d'une estimation de 2022, le lecteur est trompé, même si chaque chiffre pris seul est exact. C'est la raison de cet article : chaque nombre qui suit dit d'où il vient, ce qu'il mesure, et à quoi on peut l'opposer ou non.