Force · Femmes

Les femmes et la force : en finir avec les idées reçues

Les femmes sont moins fortes que les hommes, elles progressent moins, elles risquent de prendre du volume sans l'avoir voulu. Ces trois phrases circulent en salle comme si elles allaient ensemble. Les études lues pour cet article disent que la première est vraie en moyenne et que les deux autres ne tiennent pas, ou pas comme on le croit. On suit une seule question, du plus large au plus précis, jusqu'à ce qui reste incertain.

La problématique

Dans un test de force, une femme voit souvent un chiffre plus bas que celui d'un homme du même âge. Dans beaucoup de salles, ce constat est devenu une règle : « les femmes ne sont pas faites pour la force », « leurs gains sont plus lents », « elles doivent éviter les charges lourdes ». Quand un barème sépare les niveaux par sexe, certains y lisent la confirmation de cette idée. D'autres y voient l'inverse, un barème qui fait comme si l'écart n'existait pas.

Les deux lectures posent la même difficulté. Un écart de moyenne entre deux groupes est un fait statistique. Il ne dit ni ce que peut faire une personne donnée, ni d'où vient l'écart, ni ce qui se passe quand on s'entraîne. Pour y répondre, il faut séparer plusieurs choses : la taille de l'écart, sa cause, la façon dont chaque sexe réagit à l'entraînement, et ce qui relève du regard et des habitudes plutôt que du corps.

La question

Quel écart de force existe vraiment entre les hommes et les femmes, d'où vient-il, et que change-t-il, concrètement, pour une femme qui veut s'entraîner à la force ?

On procède en six étapes. D'abord la taille de l'écart. Ensuite sa cause. Puis la réaction à l'entraînement, la question de la « prise de masse involontaire » et de la variabilité entre personnes. Viennent après les cas particuliers (plus de 50 ans, athlètes entraînées, fatigue), puis les objections et ce qui reste incertain. La réponse suit, avec ce qu'on peut mettre en place.

Les enjeux

Ce qui est en jeu n'est pas théorique. Il y a d'abord le choix de s'entraîner ou non. Si tu crois que ta progression sera plus lente ou que les charges lourdes te feront « grossir », tu peux t'en éloigner, ou t'entraîner trop léger pour qu'il se passe quelque chose. Une idée fausse qui t'écarte d'un type d'entraînement coûte du temps et des résultats.

Il y a ensuite la lecture de ton propre niveau. Un chiffre de test n'a de sens que comparé à un repère. Comparer ton résultat à celui d'un homme, ou à un barème qui ne tient pas compte des moyennes de ton groupe, peut te faire passer à côté de ta progression réelle. À l'inverse, penser que tout écart est biologique peut te faire renoncer à un travail qui marche.

Il y a la masse musculaire dans le temps. Dans une étude d'imagerie sur 468 adultes de 18 à 88 ans, la part de muscle dans le poids du corps commence à baisser dès la troisième décennie, et la masse musculaire absolue ne recule nettement que vers la fin de la cinquième décennie de vie (autour de 50 ans), surtout aux jambes.2 Le muscle est une réserve qui s'use avec l'âge : plus on en a de côté, plus on en garde. Les femmes partant en moyenne avec moins de masse musculaire que les hommes (on le mesure plus bas), cette réserve compte au moins autant pour elles. C'est un raisonnement, pas un résultat d'étude.

Il y a enfin la confiance. Ce que tu crois possible détermine ce que tu essaies. Cet article ne mesure pas ce ressenti. Il vérifie ce que les données autorisent à dire, pour que le choix de s'entraîner repose sur des faits.