On entend souvent que les enfants courent moins bien que leurs parents au même âge. C'est vrai en moyenne, mais la réalité est plus nuancée que le slogan : la baisse a été nette dans les années 1980 et 1990, puis elle s'est presque arrêtée. Ce que cette baisse change pour l'avenir d'un enfant est encore plus incertain que ce que les titres de presse laissent croire. Cet article avance pas à pas, du plus général au plus précis, et finit par une réponse et par ce que tu peux faire.
Un enfant de 10 ans qui s'essouffle en deux minutes de course, c'est un fait banal. Des millions d'enfants dans ce cas, c'est un sujet de santé publique, à condition que ce soit vrai : que ce soit plus fréquent qu'avant, et que cela ait des conséquences. Or sur ce sujet circulent des chiffres spectaculaires, comme « 25 % de capacité cardiovasculaire perdue en quarante ans », dont l'origine est introuvable. Il y a donc deux risques opposés : minimiser un vrai problème, ou paniquer pour un chiffre qui n'existe pas.
Pour trancher, il faut distinguer trois questions qui n'ont pas la même solidité. La première est un constat : l'endurance mesurée des enfants est-elle plus basse qu'avant ? La deuxième est une mesure : de combien, pour qui, et à quel moment ? La troisième est une conséquence : est-ce que cela compromet leur santé d'adulte, ou est-ce un simple changement de niveau sans effet ? Les réponses n'ont pas le même degré de preuve, et c'est ce qui rend le sujet intéressant.
L'endurance des enfants a-t-elle baissé, de combien, et est-ce que cela change quelque chose pour leur avenir ?
Le raisonnement suit six étapes, qui vont chacune un cran plus loin dans le détail :
L'endurance dont on parle est la capacité du cœur, des poumons et des muscles à produire de l'énergie avec l'oxygène, donc à tenir un effort. Elle se mesure en laboratoire par le VO2max, la quantité maximale d'oxygène que le corps utilise par minute et par kilo. Chez l'adulte, c'est l'un des meilleurs marqueurs de la santé du cœur connus. Dans une cohorte de 122 007 patients testés sur tapis, le groupe de niveau le plus élevé avait un risque de décès inférieur de 80 % à celui du groupe le plus faible, et un niveau faible pesait au moins autant que le tabagisme.11 Ce sont des associations observées chez des patients, pas une preuve de cause : on y reviendra, parce que l'étape 6 en nuance la portée.
Pour un enfant, trois choses sont en jeu. La première est la santé à long terme : l'American Heart Association a proposé en 2020 de traiter l'endurance comme un signe vital chez les jeunes, parce qu'elle est liée, selon le compte rendu de presse de cette déclaration, à la santé cardiométabolique, à la santé mentale et aux résultats scolaires.12 La deuxième est le point de départ : un enfant qui s'essouffle vite évite plus facilement les activités qui le feraient progresser. C'est une hypothèse raisonnable, que les études lues ici ne testent pas. La troisième est collective : si le niveau moyen de toute une génération baisse, les services de santé et l'école le verront avant que les familles ne le sentent.
Pourquoi ne pas laisser la question sans réponse ? Parce qu'un enfant se mesure rarement, et que personne ne le prévient quand son niveau est bas. Et parce qu'une erreur coûte dans les deux sens : ignorer une vraie baisse retarde les actions utiles, en crier une fausse détourne l'attention de ce qui est établi. Il faut donc partir de ce que les mesures montrent réellement.
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