On entend partout que les humains sont de moins en moins en forme. Cet article vérifie ce que les mesures disent réellement, étape par étape, du monde entier jusqu'à ce qui se passe dans un corps, puis répond à la seule question qui te concerne : qu'est-ce que ça change pour toi, et que faire.
Tu as sûrement déjà entendu la phrase : « les gens sont de moins en moins en forme ». Elle revient dans les journaux, dans les discours de santé publique, dans les publicités pour les salles de sport. Elle est aussi suspecte, pour une raison simple : c'est le genre de phrase que l'on répète sans l'avoir vérifiée.
Alors on pose la question proprement, avec ce que les études permettent de dire et rien de plus.
La condition physique des humains s'est-elle vraiment dégradée depuis quelques décennies, et pourquoi cela te concerne-t-il personnellement ?
Elle se découpe en deux parties qui n'ont pas la même difficulté. La première est un constat : les gens bougent-ils moins, et sont-ils physiquement moins capables qu'avant ? La seconde est un enjeu : si oui, est-ce que ça pèse sur ta santé ou sur ta durée de vie, ou est-ce un sujet de sociologue sans conséquence pour toi ?
Il faut aussi distinguer deux mots que l'on mélange tout le temps. L'activité physique, c'est ce que tu fais : marcher, t'entraîner, porter. La condition physique, c'est ce que ton corps sait faire : tenir un effort long, développer de la force, te relever du sol. La première se demande dans un questionnaire. La seconde se mesure avec un test. Les statistiques mondiales sur les adultes portent presque toutes sur la première, parce qu'un questionnaire est plus simple à organiser qu'un test. Savoir laquelle des deux on regarde, à chaque étape, est la moitié du travail.
La démonstration va du plus général au plus précis : l'ensemble des adultes du monde, puis un pays, puis ce que mesurent des tests physiques, puis les causes probables, puis le lien avec la santé, et enfin les objections qui pourraient tout faire tomber.
Si la question n'avait aucune conséquence, elle ne mériterait pas un article. Elle en a trois, qui te touchent à des échelles différentes.
Ta durée de vie et ta santé. Les études de suivi, que l'on verra à l'étape 5, relient le niveau de forme au risque de décès, avec des écarts importants. Une déclaration de l'American Heart Association de 2016 va jusqu'à demander que l'endurance soit mesurée en consultation comme un signe vital, au même titre que la tension.13 Ton médecin mesure ton poids et ton cholestérol. Mesurer ton endurance n'est pas systématique, alors que c'est peut-être l'un des meilleurs indicateurs de ton état.
Ton autonomie. Ce qui est en jeu n'est pas seulement la durée de vie mais ce que tu pourras faire pendant ces années : monter des escaliers, porter ses courses, te relever après une chute. Un test aussi simple que se lever du sol avec le moins d'appuis possible est lié à la mortalité chez les 51-80 ans, comme on le verra.14
Ton entraînement. Si tu t'entraînes, la question te touche autrement : savoir où se situe la moyenne de la population te dit à quel point un niveau « normal » est devenu bas, et donc à quel point te comparer à la moyenne est un mauvais repère.
Il y a aussi un enjeu collectif. L'OMS s'est fixé un objectif mondial de réduction de l'inactivité d'ici 2030. Les auteurs de la plus grande étude récente estiment qu'il ne sera pas atteint si la tendance actuelle continue.1 Cela ne peut pas rester sans réponse : si la tendance est réelle, elle se corrige plus facilement tôt que tard, et d'abord à l'échelle de chacun.