Entre 11 et 17 ans, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) demande 60 minutes d'activité par jour. Sur une semaine, c'est près de trois fois ce qu'elle demande à un adulte, et la plupart des jeunes n'y arrivent pas. Cet article suit une seule question, du constat mondial jusqu'aux limites des preuves : de combien manquent-ils, depuis quand, et qu'est-ce que ça change une fois adulte ?
Tu as sûrement entendu que « les jeunes bougent moins qu'avant » ou que « les ados passent leur vie sur leur téléphone ». Ces phrases sont si répétées qu'elles ne disent plus rien. Moins qu'avant, de combien ? Et est-ce que ça compte ?
Pour y répondre, il faut un point de repère. L'OMS en donne un : au moins 60 minutes par jour d'activité d'intensité modérée à soutenue pour les 11-17 ans.1,2 C'est la barre. La première chose à vérifier est donc simple : quelle part des adolescents la franchit, et ce chiffre bouge-t-il ?
La seconde chose est plus délicate. Un déficit d'activité à 15 ans n'a d'importance que s'il laisse une trace. Soit les jeunes rattrapent leur retard plus tard, soit ils emportent avec eux une habitude, une condition physique et un risque de santé. Les études qui suivent les mêmes personnes pendant des décennies existent, mais elles mesurent rarement ce que l'on voudrait mesurer. On va donc distinguer, à chaque étape, ce qui est mesuré et ce qui est supposé.
Les adolescents bougent-ils nettement moins que ce que l'OMS recommande, depuis quand, et ce déficit les suit-il jusqu'à l'âge adulte ?
La démonstration se fait en six étapes, du plus large au plus précis : le constat mondial, la pente avec l'âge, le cas de la France, la persistance jusqu'à l'âge adulte, les conséquences de santé, puis les objections. La réponse vient ensuite, avec le niveau de certitude de chaque morceau.
Ce qui est en jeu se lit d'abord dans la liste que l'OMS donne elle-même. Chez les enfants et les adolescents, l'activité physique est associée à une meilleure condition physique et une meilleure santé cardiométabolique, à des os plus solides, à de meilleurs résultats cognitifs et une meilleure santé mentale, à moins de masse grasse, à un développement musculaire sain et à de meilleures habiletés motrices.3 Ce sont des associations : la page de l'OMS ne dit pas, pour chacune, quelle part est causale.
Le deuxième enjeu est le temps. Une habitude se forme, se renforce ou se perd à un âge où on la décide rarement soi-même : l'école, la famille, les horaires et les moyens de transport décident à ta place. À 25 ans, tu choisis. À 14 ans, on choisit souvent pour toi, et ce que tu apprends à faire de ton corps à ce moment-là devient ton point de départ. C'est un raisonnement, pas un résultat d'étude, mais l'étape 4 en testera une partie.
Le troisième enjeu est une inégalité : on va voir que les filles sont plus en retard que les garçons dans presque tous les pays.
Le dernier enjeu concerne les tests. Un test de condition physique mesure ce que le corps est devenu après des mois de mouvement ou de sédentarité, pas l'activité de la semaine. Savoir où l'on se situe n'est utile que si l'on sait ce que ce niveau annonce et ce que l'on peut attendre en le changeant : c'est ce qu'on essaie de cerner ici, sans promettre plus que les chiffres ne permettent.